Accueil   
  Chroniques du Mont-Gargan  
 Un quartier à l'Est de Rouen - Par Dominique SAMSON 
  Précédent
  Suivant  
  
  Le temps passe, seul reste une tombe...  
   

Novembre 2005, le cimetière du Mont-Gargan est désert, silencieux. Le soleil compatissant réchauffe un peu les tombes dont, pour un certain nombre, les noms gravés me rappellent des noms d'anciens commerçants du quartier, des familles résidant au Mont-Gargan depuis toujours ou des personnes que j'ai connu, voisins ou amis. Mon instinct porte mes pas vers une tombe totalement discrète, sans nom, mais que je connais déjà, la numéro 25 ,6ème rang, carré 2, retenez bien cette indication. Une carte postale, soigneusement enveloppée de plastique, vient d'être déposée sur cette tombe sans nom, sans fleurs ou autres décorations mortuaires. Elle vient de Strasbourg, en mémoire de Lucien et de Ginette Legras, "en cette année du 50eme anniversaire de leur passage dans un monde de l'invisible" est-il écrit. Cela nous amène donc en novembre 1955, le 6 exactement. Ce jour tragique, Lucien et Ginette Legras sont morts dans la nuit, asphyxiés accidentellement par un défaut de fonctionnement d'un chauffe-eau dans le pavillon qu'ils venaient d'acheter à Sotteville-les-Rouen. Mais quel rapport avec le Mont Gargan?

Lucien Legras était un excellent photographe, collaborateur de Ellébé, à Rouen. Sa mère, Hortense, lors du décès, habitait la première maison, à droite, quand on vient du belvédère de la colline Sainte Catherine et qu'on entre dans Bonsecours.

Les parents de Ginette Legras, née Lefebvre, habitaient 73, route de Lyons-la-Forêt. Le père, Raymond, était radio électricien. La maman était gardienne de la teinturerie Blanchet.
Donc, dans cette maison de Sotteville-lès-Rouen, au petit matin, il y a deux morts, trop jeunes pour avoir mérité cela. ll y a aussi une petite fille désemparée, qui ne comprendra jamais pourquoi ses parents l'ont abandonnée, pourquoi elle ne recevra plus leur amour. Vous la connaissez tous. Elle s'appelle Anny Duperey. Je vous invite à lire les émouvantes et très fortes pages du livre « Le voile noir », où il est question de notre quartier. Il m'a semblé opportun d'accompagner cette carte postale, témoignage de mémoire et d'amitié, déposée sur la tombe des parents de l'actrice, il y a un mois, geste trop rare, par un modeste rappel de cette tragique histoire. Peut-être sera-il mon cadeau de noël posthume pour rappeler leur souvenir.

© Copyright Dominique SAMSON - Janvier 2006

   
 Sommaire - www.rouen-off.com/mg