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  Chroniques du Mont-Gargan  
 Un quartier à l'Est de Rouen - Par Dominique SAMSON 
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  Le train du Mont-Gargan sifflera trois fois  
   


Bientôt, vous partirez en vacances. Certains prendront le train pour gagner l'avion à Roissy ou Orly et passeront sous le Mont-Gargan. Là, ils entreront dans le tunnel ferroviaire de Sainte-Catherine pour ressortir 1 km 057 précis en pleine lumière sur le viaduc du Val d'Eauplet. Si c'est l'Egypte pharaonique votre pays de destination, vous aurez l'impression de faire la course initiatique du soleil vers le monde souterrain pour ressortir quelques temps plus tard vers les vivants, encore plus impatients de découvrir la suite du voyage et le monde qui nous entoure. Sachez que vous aurez parcouru 460 m. en ligne droite et 597 m. en courbe pour un rayon de 760 m., avec une rampe constante de 1,7 mm vers Rouen. 

Comme il ne semble pas y avoir de marnière au Mont-Gargan, les habitants ne vous tomberont pas dessus. Heureusement, car la hauteur de couverture en craie du cénomanien va de 12 m. aux entrées à 122 m. au milieu. Longue chute sinon. Voilà pour ceux qui aiment les chiffres... Mais depuis quand les trains, tels des vers se faufilant dans une pomme, passent-ils sous nos pieds, faisant trembler le sol au moins 250 fois par jour? Nous sommes en 1840. Les anglais, développant des affaires en France, voulaient une liaison plus rapide entre Paris et Londres que l'inconfortable diligence d'alors. Cette année-là, ils obtiennent une concession pour une ligne de chemin de fer, se greffant à Saint-Germain-en-Laye au réseau parisien et arrivant rive gauche, à la gare Saint-Sever. Deux banquiers français, les Lafifte dont un réside à Paris et l'autre à Rouen, et un banquier de Londres, Blount, créent une compagnie franco-anglaise. II y avait eu avant deux autres projets avortés, l'un de la société Riant et un autre prévoyant l'arrivée à Rouen par les plateaux Est. 

Terminée le 24 avril 1843, la gare Saint-Sever est inaugurée en grande pompe le 3 mai 1843. Puis on va continuer cette voie vers le Havre, en passant la Seine. Le pont sur l'île Brouilly est construit par les ingénieurs anglais, d'où son nom. Le percement de la côte Sainte-Catherine va amener quelques désagréments et on pourra dire comme aujourd'hui «Que d'eau, que d'eau In. En effet, la côte Sainte-Catherine est une immense éponge imbibée d'eau de source. Et la Société Mackensie et Brassey utilisera des explosifs, ce qui inquiétera les habitants les plus proches des galeries sous les quartiers Saint-Maur et Saint-Gervais. Enfin, la ligne sera ouverte le 20 mars 1847. La ligne Rouen-Amiens sera, elle, ouverte le 18 avril 1867, avec la construction de la gare Martainville. Le samedi 8 octobre 1870, Gambetta, venant de Paris et allant vers Tours, se posa avec son ballon dirigeable sur la gare. Puis, en 1988-1989, le tunnel de la côte Sainte-Catherine sera agrandi pour permettre le passage des maxi-conteneurs, au gabarit B+. Trois étapes. Trois occasions d'entendre le train siffler,..

© Copyright Dominique SAMSON - Mai 2001

   
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