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  Chroniques du Mont-Gargan  
 Un quartier à l'Est de Rouen - Par Dominique SAMSON 
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  Monsieur Louvet près de la forge ?  
   

Voyons l'origine de deux rues de notre cher quartier: la rue Louvet et la rue Delaforge. II serait tentant d'établir l'origine de la rue Delaforge sur une supposée présence d'une forge en ces lieux. Je n'en ai pas trouvé la preuve. De plus, dans les archives, le nom Delaforge n'est jamais en deux parties. II s'agirait peut-être du nom d'un propriétaire, comme cela est le cas pour plusieurs autres petites rues du Mont-Gargan. Tout ce que l'on peut affirmer, c'est qu'à l'origine, il ne devait y avoir qu'un herbage à cet emplacement. Un projet de lotissement, divisé en cinq parcelles, de chaque côté d'un chemin devant être aménagé en rue, revêtue d'escarbilles, est daté en mairie du 22 mars 1893. En fait, plus tard, on pourra compter huit lots à gauche en descendant, dix lots en face et trois lots après le virage.

Quand à la rue Louvet, il s'agit du nom du propriétaire possédant le terrain longeant cette voie. Léon Gustave Louvet est né à Rouen le 27 juillet 1842. Son père était restaurateur dans une petite ruelle au sud de la rue aux Ours. II commença sa carrière comme employé de banque, puis fit un apprentissage dans deux commerces de tissus rouennais. En 1866, il est représentant itinérant en tissus pour la maison Moisy et Hérondelle, rue aux Ours. Seize ans après, il devient l'associé du directeur. En 1893, il se retire des affaires pour vivre de ses rentes. Mais point le désir de ne rien faire. II avait été trésorier de la Caisse des écoles de Rouen. On le voit maintenant dans le Conseil de direction de la Caisse d'Epargne et vice-président de la Société fraternelle des anciens combattants de 1870. II avait été volontaire dans les francs-tireurs et se battit à Buchy pendant cette guerre.

II fut à l'origine de la création de la société de gymnastique "L'avant-garde" (les deux premiers membres avaient été ses propres employés).
Enfin, en mai 1896, il entre au conseil municipal de Rouen, sous la liste du Comité républicain, et deux ans après, le 1° juillet 1898, il est adjoint au maire, mais démissionnaire après les élections d'avril 1900.

Le 24 mai 1902, il décide de ne pouvoir assister à la première communion du fils de son associé pour aller à celle d'une petite cousine dans l'Eure. Décision qui va se révéler tragique. Partant vers Lisieux où devait se dérouler cette cérémonie religieuse, il s'arrête à Serquigny pour changer de train. Au moment où arrivait ce dernier, une voyageuse s'apprête à traverser la voie. Le sous-chef de gare, voyant le danger d'accident, la saisit, mais ils trébuchent tous les deux. Gustave Louvet s'aperçoit alors que les jambes de la voyageuse vont être happées par le train, maintenant à quelques mètres seulement. N'écoutant que son courage, il descend sur la voie pour remonter la femme. Hélas, si la femme fut sauvée, il ne put remonter à temps sur le quai. Le train lui passa dessus, ne pouvant s'arrêter que trente mètres plus Ioin, malgré les efforts désespérés du conducteur. L'émotion à Rouen fut énorme. II repose pour l'éternité au cimetière monumental de Rouen, carré R2, où vous pourrez voir son portrait en bronze.

© Copyright Dominique SAMSON - Janvier 2005

   
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